J'écris ces quelques mots comme une lettre, retenant un cheptel de souvenirs qui s'agrippent aux eaux torrentielles du temps, et ne se laissent pas remémorer facilement. Dans la cohue brouhahesque du monde vivant, le désespoir prie chaque jour un dieu en lequel il ne croit plus... Quelque part, un élève consciencieux dont la plume gratte sur un arbre et quelques litres d'oxygène, qui une fois appelés x seront précédés d'un moins (mais il s'agit là d'une autre leçon...), un passé simple douteux, de sa main droite car il est gaucher soulage son cuir chevelu sans pour autant trouver de suite à sa phrase. Il est de bon ton, pour lui comme pour vous, de relire la phrase précédente. Quelques lettres pour un mot, quelques mots pour sourire...
Un sourire. Des petits rien + des petits rien = ce sourire, moqueur ou emprunt de malice... Quelque part, un élève consciencieux dont la plume gratte un moins devant l'énigmatique x, inconnue mystérieuse, chaînon manquant dans cette équation du bonheur, de sa main droite pianote sur la table le rythme d'un comptine, de sa main gauche abandonne les calculs pour tracer distraitement sur une feuille de brouillon où s'enchevêtrent des symboles irréels raturés pour passer le temps, les traits légers d'x. Un sourire. Sur le papier comme sur la fleur du temps, x sourit. La douceur d'un sourire...
Douceur. La pâleur du teint dragée d'une petite princesse, le rose de ses joues assorties à sa robe. La robe cache des genoux égratignés par l'insouciance intrépide de l'enfance. L'ambre d'un poignet tanné, usé par le travail, posé sur le tissu rêche d'un jupon qui cache des genoux égratignés par la dureté d'un quotidien doux-amer. Au-dessus de ce corps hâlé trône le visage même de la désillusion... Quelque part, un élève consciencieux argumente sans conviction l'idée fausse de liberté qui volette sous sa plume qui gratte les preuves irréfutablement abstraites de l'existence de ce x qu'on sait pourtant précédé d'un signe moins... Les ombres chinoises qui rivalisent dans le registre de la trille et se découpent sur le bleu du ciel, donnent sans doute une bien meilleure idée de la liberté que la moiteur étouffante de cette pièce dont on ne connaît même plus la couleur. Douceur d'un mois d'avril, fraîcheur d'une conscience nouvelle...
Fraîcheur d'un automne qui pousse une jeune fille dans les bras d'un premier amour. Fraîcheur du vent qui fouette mes joues rougies. Dans la foule incertaine et hasardeuse du monde vivant, quelques "sans but" déambulent dans la plus grande décontraction, tandis que des exaspérés exaspérants bousculent les compagnons de l'oisiveté sans se départir de leur démarche souple et rapide, proférant quelques jurons retenus, étouffés comme les rires sous cape de leurs opposés diamétraux. Déambulent aussi ceux dont le front se plisse sous la migraine sourde d'une angoisse passagère... Quelque part, un élève consciencieux dont la plume ne gratte plus rien du tout plisse lui aussi son front, de sa main droite tourne sa copie dans un bruissement de papier, songe que cette phrase x sera précédée d'un moins, reprend la lecture de ces quelques mots qui coulent et roucoulent tels les eaux torrentielles du temps. Quelques lettres pour un mot, quelques mots comme une lettre...